Le rire à travers les flammes

L’espoir, c’est une touche d’humour et de la grâce, quoi qu’il advienne. La capacité de rire, de voir le ridicule, de ne pas excessivement se crisper quand les choses deviennent impossibles. Disons : le rire à travers les flammes.

Charles bukowsky

Les mots particules

Derrière le miroir d'Alice se trouve un vaste bois très sombre – "l'anonymommable forêt" du linguiste René Jorgen –, où les choses n'ont pas de nom…

Inquiète à l'idée de perdre son nom, Alice hésite un instant à pénétrer dans le bois, puis s'aventure :
En tout cas, ma foi, dit-elle bravement, c'est bien agréable, après avoir eu si chaud, de pénétrer dans le… dans la… dans quoi ?
Surprise d'avoir oublié le nom, elle tente de s'en souvenir :
Je veux dire, de se trouver sous le… sous la… sous ceci, voyez-vous bien ! dit-elle en mettant la main sur le tronc d'un arbre. Comment diable est-ce que cela s'appelle ? Je crois vraiment que ça n'a pas de nom… Mais, voyons, bien sûr que ça n'en a pas !

Et tandis qu'Alice tente de s'y retrouver : Et maintenant, qui suis-je ?, Alberto Manguel, grand lecteur de ses aventures, pose cette question en forme d'énigme : Alice doit-elle se rappeler ces noms oubliés ou doit-elle les fabriquer, tout neufs ? – et cette autre, quelques pages plus loin : Et qu'entendons-nous par un "nom" ?

Alberto Manguel, Dans la forêt du miroir, Actes Sud, 2000
Lewis Carroll, De l'autre côté du miroir